Benjamin Biolay en concert à Joué-les-Tours

Encensé par la critique pour son dernier album, La Superbe, récemment consacré lors des dernières Victoires de la Musique où il a eu la lourde tâche de succéder à Alain Bashung dans le rôle du meilleur artiste masculin, Benjamin Biolay, 37 ans, est actuellement en tournée française, malgré des problèmes de dos qui l’obligent à reporter plusieurs dates.

Il était vendredi 12 mars à Joué-les-Tours, et j’y étais aussi.

http://www.flickr.com/photos/cebb-showroom/4340902840/

http://www.flickr.com/photos/cebb-showroom/4340902840/

Je ne suis pas une fan de la première heure. Benjamin Biolay a déjà signé 4 albums avant le triomphal et dernier La Superbe. Je ne connaissais pas les trois premiers, et je m’étais servie dans les nouveautés de la DLLP au hasard pour écouter Trash Yéyé, son quatrième album sorti en 2007.  C’est aussitôt devenu l’un de mes disques préférés, non pas de l’année, mais de tous les temps.

Pochette de "Trash Yéyé"

Pochette de "Trash Yéyé"

Alors que ce que je connaissais du personnage public (peu de choses: quelques interviews) me semblait plutôt insupportablement prétentieux, j’ai été conquise par ses mots cruels et revanchards, et par ses arrangements classieux. Deux chansons en particulier m’ont tout de suite accroché les oreilles: “La garçonnière” et “Laisse aboyer les chiens”. Pas de thématiques communes pourtant entre ces deux chansons, l’une parlant crûment d’un amour interdit et l’autre d’une suicidée ; mais une atmosphère belle et oppressante, envoûtante en un mot. Jugez par vous-mêmes:

- le clip de “Laisse aboyer les chiens

- “La garçonnière” sur Deezer.

Pour moi, l’album entier est un chef-d’oeuvre éclectique et cohérent, offrant aussi bien des poèmes mis en musique (”Bien avant“), des chansonnettes efficaces (”Dans la Merco Benz“) que des pièces complexes incompréhensibles à première écoute (”Cactus concerto“).

Portée par cette fascination pour ce disque, et sans très bien connaître ses autres albums, je me suis rendue d’un pas léger à Joué-les-Tours vendredi dernier pour assister au concert de Benjamin Biolay.

L’auditorium de l’espace Malraux était quasiment plein d’un public d’âge très varié, mais visiblement acquis d’avance. Dès que les lumières s’éteignent, un mouvement de chaleur et d’amour s’oriente vers la scène, adhésion qui ne s’est jamais démentie tout le long des deux heures qu’a duré le concert, et même si nous étions tous assis au moins pendant 1 h 40, et que nous étions tous très bien élevés et ne parlions pas pendant les chansons. Sur scène, une harpiste-violoncelliste, qui assure aussi les choeurs et même un duo (enregistré avec Jeanne Cherhal sur La Superbe), “Brandt rhapsodie” ; un musicien à casquette assurant les claviers, le sax et le thérémine ; un guitariste ; et un batteur. Et Benjamin Biolay lui-même, qui assure une partie de trompette à la fin de “Merco Benz”.

Si l’affection du public m’a impressionnée, le concert lui-même m’a embarquée sans aucun problème, et ce même si je ne connaissais pas très bien une bonne partie des chansons. Benjamin Biolay a pourtant une réputation assez mitigée voire désastreuse quant à ses prestations scéniques (voir un exemple ici), et pourtant…je l’ai trouvé très à l’aise! Ce n’est pas vraiment le genre de chanteur à parler pendant un quart d’heure au public pour lui raconter des blagues ou lui délivrer sa vision du monde, mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. Il était d’ailleurs loin d’être mutique ou autiste, nous parlant du printemps qui tardait à arriver, de Villefranche-sur-Saône, sa ville natale, présentant certaines des chansons interprétées (”Nuage noir” dont Françoise Hardy aurait dit en interview que c’était la meilleure chanson de Benjamin Biolay – qui lui en a pourtant écrit -, qui est le générique de fin du film Clara et moi ; une reprise des “Séparés“, chanson de Julien Clerc adaptant un poème de Marceline Desbordes-Valmore…), dansettant un peu partout sur scène, envoyant des bisous au public, main sur le coeur, et comme le dit un autre blogueur, remerciant, remerciant encore et s’excusant de remercier…

Il était difficile de ranger Benjamin Biolay dans la case “chanson française” tant le concert était intense, la musique très forte d’abord et puis le public trépignant d’amour. Le point d’orgue des dates de la tournée est la chanson “A l’origine“, sorte de défouloir mi-rap, mi-hardcore, la musicalité en plus, que Benjamin Biolay finit en hurlant, vautré par terre.

Pour résumer, c’était un grand moment, un concert sublime d’un artiste en pleine possession de son public et de son répertoire, qui est en train d’arriver à transcender son public de départ pour toucher “le plus grand monde”.  C’est beau d’assister à ça, de voir ce miracle de l’union de la poésie des mots (je ne me remets pas du texte de “Brandt Rhapsodie“), de la maîtrise musicale  (Benjamin Biolay est un ancien élève du Conservatoire de Lyon, il est compositeur et arrangeur pour de nombreuses gloires de la chanson francophone, Henri Salvador, Julien Clerc, Isabelle Boulay…) et de l’émotion transmise (ce qui n’était pas gagné avec toute cette technique).

Salut final du chanteur et des musiciens

Salut final du chanteur et des musiciens

Vous pouvez lire ici, ou d’autres articles de blog sur ce même concert (dont je ne partage pas forcément le ressenti ou les opinions…).

Voici ici une biographie de Benjamin Biolay, vous pouvez aussi consulter sa page Facebook officielle, ou un forum de fans.

En préalable au concert, l’espace Malraux proposait une exposition de l’artiste François Pagé. François Pagé est un peintre qui a une galerie à Chambray-les-Tours, l’Atelier 34. Son univers est très coloré, et évoque des maisons méditerranéennes aux fenêtre grandes ouvertes sur l’extérieur. Voilà une photo du peintre parmi ses oeuvres, prise sur son site Internet sur lequel vous pouvez retrouver un grand nombre de ses tableaux en photographie. Il est également présent sur Facebook.

François Pagé dans son atelier

François Pagé dans son atelier

Il y avait aussi dans le hall une exposition sur l’histoire de la projection cinématographique, illustrée de plusieurs affiches et photographies de films noirs. Ce qui m’a permis de voir quelques belles affiches que je partage à mon tour:

Pour finir cet article, je ne peux que vous adresser ce sage conseil, glané dans cette exposition:

4 commentaires

  1. Christophe Legendre a dit, le 19 mars 2010 à 11:56

    Quelle surprise Anne-Sophie, j’étais également dans la salle et je dois dire que je fus emballé au plus haut point.Je partage donc ton avis et je rajouterai juste un bémol sur le son mais Benjamin Biolay n’y était pour rien !!

    Pour appuyer ton enthousiasme , j’encourage fortement les amateurs de très bonne musique à se procurer “la superbe” qui définit parfaitement son contenu d’ailleurs (je me le passe en boucle depuis qu’il est sorti !!).

    C’est au-delà de la chanson française !!

    Je pense que ce n’est qu’un début et que d’autres superbes albums suivront.
    Et puis quel culot de sortir un “double album” excellent de bout en bout !!

    L’émotion du public était perceptible ,entre autres moments, sur cette chanson qui sonne déjà comme un classique : “Mon enfant”

    Une écoute au casque permettra même aux puristes d’apprécier la richesse des arrangements !!

    Faites vous du bien aux oreilles !!!!

  2. Claudie Fonteneau a dit, le 19 mars 2010 à 18:12

    But atteint d’un article !… Donner envie de plus… de découvrir et d’écouter un artiste !… Je pense passer le WE avec Benjamin Biolay… rires !
    Et, un petit coucou de Anne-Sophie nous fait bien plaisir !
    à bientôt

  3. jean-françois thinon a dit, le 20 mars 2010 à 20:19

    bonjour Anne-Sophie,
    est ce l’article sur benjamin Biolay ou le plaisir de te lire qui me fait réagir ?
    un peu des deux,sans doute!
    Sur mon mp3 le morceau”qu’est ce que ça peut faire” est passé bien des fois en boucle,ton article m’a donné envie d’aller plus loin dans son dernier album….but atteint
    nous savons que tu as toujours un oeil bienveillant sur ce blog dont tu es à l’origine, pour nous c’est rassurant….

  4. sandra spano a dit, le 27 mars 2010 à 23:57

    ce papier est magnifique et en parfaite adéquation avec ce que j’ai pu ressentir hier soir pendant le concert à lyon. juste parfait.

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