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Prieuré de Saint-Cosme : festival de musiques anciennes, la nuit où tous les la sont gris...

17 mai 2012 dans Carnet de musique, Carnets d'écriture, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Prieuré de Saint-Cosme

Mais non, mais non, tous les la n’étaient pas gris au festival de musiques anciennes qui s’est déroulé au Prieuré de Saint-Cosme du 11 au 15 Mai !

J’y suis allée et je peux vous dire que les la étaient pétillants, joyeux et à couper le souffle le 11 Mai. L’Ensemble Jacques Moderne nous a ébloui avec des madrigaux de Claudio Monteverdi. Chants guerriers et amoureux. Une musique qui donne envie de danser et qui rend heureux. L’Ensemble Jacques Moderne, j’aime ! C’est un ensemble à géométrie variable, comme beaucoup de formations. Pour ce soir-là c’était une taille moyenne, cinq chanteurs et chanteuses, cinq musiciens et Joël Suhubiette à la baguette sans baguette. J’aime la complicité évidente au sein du groupe, la joie sur les visages, voir Joël Suhubiette diriger et chanter (?), chanter je ne sais pas mais articuler les paroles en dirigeant, c’est sûr ! Et que dire également de la voix de soprano d’Anne Magouët… aérienne, cristalline. Magnifique.Prieuré Saint-Cosme

Samedi 12 Mai… Ah ! oui, j’y pense, je tiens infiniment à remercier la personne de l’accueil du Prieuré, qui le vendredi nous remettant tous les billets de nos réservations, nous a incités à prendre aussi un billet pour le premier concert du samedi. Sur les quatre jours de festival (je ne suis allée que trois jours), il y avait huit concerts, deux par soir. Et tout cela pour la modique somme forfaitaire de 12 € par soirée (que l’on aille à un ou deux concerts) ! Qui a dit que les concerts de musique “classique” sont chers ?… Bien sûr, vous avez tout à fait raison, les gros machins VIP… mais ce sont les arbres qui cachent la forêt, il en existe, tout aussi excellents, abordables et moins gros machins VIP…

Ensemble L'Imaginaire

Ensemble L'Imaginaire

Donc un grand merci à cette personne car le premier concert samedi soir était époustouflant. De jeunes musiciens et une comédienne, l’Ensemble L’Imaginaire. Visuellement on annonce déjà la couleur, si j’ose dire ! Pas de costumes ou robes noirs… mais plutôt chacun et chacune dans ses fringues préférées et peut-être de tous les jours. Une contrebasse qui semble inachevée car sans vernis, la caisse de résonance est donc blanche. On pense un peu aux orchestres de jazz. Le clavecin est comme lazuré de rouge. Le concert sera un dialogue entre la musique ancienne et un texte dit par la comédienne. Une histoire d’amour entre Antonia et Anton qui se déroule dans deux trains roulant parallèlement. Du moins c’est ce que j’ai cru comprendre jusqu’à ce que je demande à la chanteuse de qui était ce texte. Surprise, ce sont plusieurs textes et lettres mis ensemble. Des écrits de Henri IV à des textes contemporains en passant par des lettres de Napoléon. Étonnant, car le tout était d’une grande cohésion. Cela donnait un texte de science-fiction, irréel, intriguant. Ce concert fut un vrai régal et une belle découverte.

Dans les soirées, entre les deux concerts, une pause gourmande est proposée… velouté de petits pois à la menthe, gratin de champignons… Tout cela sous les arbres et au soleil.Pause gourmande

Deuxième concert ce samedi, l’Ensemble Diabolus in Musica, dont j’attends toujours avec plaisir la prestation. “Amours, Amour…” en est le thème, tout un programme ! Ils sont quatre, une chanteuse, deux musiciens et un récitant. Quand je vous dis que j’attends toujours avec plaisir les concerts de Diabolus in Musica… là ce fut la déception ! Enfin, pas aussi simple que ça. Déçue par les musiciens et la chanteuse… pas d’âme, pas de vie, pas cette joie manifeste et communicative du premier concert de la soirée. Du bon boulot, sans plus.Diabolus in Musica

PAR CONTRE ! Que dire de la performance de Timothée Laine !!! MA-GNI-FIQUE ! Une présence sur scène, une diction parfaite, une énergie incroyable. Les poésies qu’il nous a données à entendre… La Fontaine, Omar Khayyam, Villon, Bashô, Valérie Rouzeau, Philippe Jaccottet… Et le dernier poème dit, cerise sur le gâteau… “Passionnément” de Ghérasim Luca ! Les mots me manquent pour vous dire. Un poème que je ne connais pas mais que j’ai lu depuis, écrit à partir d’un travail ahurissant sur le bégaiement !!! Un vrai feu d’artifice ! Un grand merci à Timothée Laine pour ce beau moment de poésie.

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Derniers concerts, ce mardi soir 15 Mai. Qu’il faisait froid ! … dehors.

Donne-moi le "la"

Donne-moi le "la"

Un premier concert par l’Ensemble Consonance. Ah ! tiens revoilà la claveciniste, Christine Payeux du groupe L’Imaginaire, et son clavecin rouge. Ah ! et là, le luthiste, Rémi Cassaigne, était quant à lui chez Jacques Moderne le premier soir. Les ensembles baroques sont à géométrie variable, mais mettent également en application les maths et le principe des vases communicants…

Le thème de ce concert “The food of love”…, la musique comme “aliment de l’amour” “If music be the  food of love, play on” Shakespeare ["Si la musique nourrit l'amour, alors jouez"].

Un vrai régal, là encore, de la douceur, de la sensualité, de l’intime, notamment grâce au merveilleux soprano et à la diction de Betsabee Haas. La langue anglaise m’a semblé ce soir-là une merveille dans la poésie. Elle fait passer, ici, cette douceur, mélancolie, sensualité, un velouté. Deux récitants, dont une d’origine anglaise, se distribuaient les poèmes de Herrick, Drayton, Ronsard, Keats. De la musique et du partage.

A la pause, la soupe tomate-basilic tombait à point pour nous réchauffer tous. Pas question de pique-niquer sous les arbres, le barnum fut très apprécié ! On se caillait !!!

Zao Wou-KiEt vint “La nuit tous les la sont gris”… le concert de Doulce Mémoire débuta dans une belle lumière de couchant. Pour toute lumière les vitraux de Zao Wou-Ki. Seul, le clavier du clavecin était éclairé par une petite loupiote. La luthiste, Pascale Boquet, et le flûtiste, Denis Raisin Dadre, furent vite dans la pénombre puis dans le noir. Deux très petites bougies brûlaient à côté d’eux.

Belle expérience que cette musique écoutée dans l’obscurité. Seule l’ouïe est en éveil… et l’odorat en ce qui me concerne… le parfum doux et poudré de la dame assise à côté de moi m’enveloppait. Présence immatérielle et subtile. Oui, l’ouïe occupe plus d’espace lorsque la lumière ne prend pas toute la place et que la vue ne vagabonde pas deci-delà. Une impression que le son devient plus pur. La respiration de Denis Raisin Dadre guide les deux autres musiciens. Dans la nuit, les projecteurs du jardin du Prieuré décalquaient sur le mur des vitraux de Zao Wou-Ki des ombres chinoises… ombres portées qui dessinaient des roseaux, des papyrus sur le haut du mur d’en face.

Je vous écris cela en écoutant des “English folksongs and lute songs” par Andreas Scholl (certains de Dowland, ce compositeur du XVIè siècle, chanté par Betsabee Haas dans l’avant-dernier concert). J’aime beaucoup ces voix de contre-ténors (ou haute-contre) comme celle d’Andreas Scholl, Gérard Lesne…, mais hier soir et encore aujourd’hui, j’ai trouvé à cette voix de soprano de femme une sensualité, voire de l’érotisme que n’ont peut-être pas les voix d’hommes.

… mais en la matière je suis une simple amatrice (au sens premier du terme) en ce qui concerne la musique et la musique baroque. J’aime et c’est tout.

Un dernier petit mot à Denis Raisin Dadre, oui, la nuit tous les chats sont gris, mais pas les la de ce festival ! Et ce fut tant mieux !!Instruments

Photographies de Jacqueline Paillet


Michel Gressier et l'échelle de Beaufort

27 février 2012 dans A la rencontre, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Mon petit format

Mon petit format

Un soir de décembre (2011), Uzuki, ma “fille” japonaise, Natsuki, une amie japonaise, et moi mangions ensemble chez moi. A la fin du repas, vers 22 heures, Uzuki nous embrassa pour repartir dans sa colocation vers la place Thiers. Faux-départ… quelques secondes plus tard, elle sonnait… catastrophée ! Elle venait de casser la clé dans le cadenas de son antivol de bicyclette.

Je ne suis pas très riche en outils, aussi la seule chose que je pus lui offrir fut une scie à métaux !

Je laissais Uzuki et Natsuki se débrouiller. Mais au bout de dix minutes, ne voyant personne, ni la scie revenir, je sortis jeter un Å“il juste au coin de ma rue. Surprise… un homme d’une cinquantaine d’années, sa camionnette garée en travers de l’impasse d’à côté, était penché sur le vélo. J’avoue que ma première réaction fut de la suspicion. Deux jolies jeunes nanas japonaises et… un “vieux libidineux”, c’était louche !

Et l’homme m’expliqua qu’il fallait une pince “je ne sais plus trop quel nom” (c’est moi qui parle) pour couper l’antivol, mais malheureusement il n’en n’avait pas dans sa camionnette. A son atelier de Tours nord, oui.

Je décidais de raccompagner Uzuki chez elle en voiture, que demain était un autre jour où nous pourrions alors aviser.

L‘homme partit.

Mon petit format

Mon petit format

En route pour chez elle, Uzuki tout à coup me dit que l’homme avait gardé les clés du vélo (celle du cadenas et celle de l’antivol vélocity !). “Bon, trois solutions : soit il est honnête et va mettre les clés dans ma boîte aux lettres, soit il est mal honnête et demain matin il n’y a plus ton vélo, soit il s’en fiche et garde ou jette les clés !”

Trente minutes après j’étais de retour chez moi et j’arrivais dans ma rue. Et… l’homme et sa camionnette était à nouveau là, près du vélo avec Natsuki ???

Je suis allé à mon atelier de Tours nord, chercher la pince dont ” je ne sais plus trop le nom” (c’est encore moi qui parle) ! Pop !! Pop !! !La bulle de suspicion éclata. Pop !! Pop !!

Bulles

Mon petit format

Mon petit format

D‘autant plus que je me suis rendu compte que j’avais un trousseau de clés dans ma poche qui ne m’appartenait pas !… Voilà, l’antivol est enlevé. Je vous aide à rentrer le vélo chez vous ?”.

Je vous remercie infiniment, Uzuki va être soulagée. Puis-je avoir vos coordonnées afin qu’elle vous remercie elle-même ?”.

Et l’homme alla dans sa camionnette, revint et me tendit une belle plaquette en papier glacé.

Mes coordonnées sont dessus, je m’appelle Michel Gressier“.

Pop !! Pop !! Nouvelle bulle… d’incrédulité cette fois-ci (et un peu de honte !). L’homme que je prenais pour “un vieux libidineux” était l’homme des merveilleux pavoisements du pont de pierre. L’homme qui enchantait mes yeux, et ceux de tous les Tourangeaux, tous les ans par ces couleurs chatoyantes, ces claquements dans le vent, par le mouvement de l’air, par ce pont qui vibrait tous les étés !

Je vous connais, j’ai même un “petit format” de vous dans la maison”.

Mon petit format

Mon petit format

Venez dans mon atelier avec vos amies japonaises quand vous voulez”.

Et voilà, l’homme que je regardais une heure auparavant avec suspicion était en fait plein d’attention envers autrui et de gentillesse. Il avait traversé la ville à presque vingt-trois heures pour prendre dans son atelier la pince dont “je ne sais plus trop le nom” (c’est toujours moi qui parle), était revenu couper un antivol et, par-là même, nous sortir de la mouise. Comme quoi nous (je) nous faisons rapidement un film au lieu de prendre les événements simplement et pour ce qu’ils sont.

Bref, ce n’est qu’hier qu’Uzuki et moi avons pu rendre visite à Michel Gressier pour le remercier. Uzuki avait préparé un petit cadeau : une guirlande d’origami, un petit sachet de thé vert et un joli tissu japonais.

"J'en ai pour 5 minutes, je termine un fond"

"J'en ai pour 5 minutes, je termine un fond"

Mon petit format

Mon petit format

Nous sommes allées dans l’atelier de Michel Gressier à Saint-Pierre-des-Corps, où il est en train de préparer une exposition de peintures. Trois pièces blanches, très encombrées. Des machines, des tiges de bambous stockées là. Des plaques de verre translucides et colorées qui attrapent la lumière, posées sur des étagères. Deux cerfs-volants papillons accrochés sur un mur. Quelques tableaux sur un autre mur… le bleu domine. De la musique sacrée baroque… un Italien que je connais mais dont le nom m’échappe. Dans un fatras de petits objets, le dernier “petit format” de la même série que celui que j’ai chez moi.

A cette exposition “Petits formats”, il y a quelques années (2003 est écrit sur le socle du mien à côté de la signature de l’artiste), j’avais été attirée par ces petits drapeaux fixés sur un socle en bois blanc. Il y avait quelque chose de japonisant… qui me rappelle aujourd’hui encore, le film “Rân” de Kurosawa, avec ces batailles, mais surtout ces bannières accrochées aux dos des soldats, et qui claquent au vent. Comme-ci la bataille avait d’abord lieu entre les mouvements contraires et belliqueux du vent, avant même le choc des épées et des lances.

Ces drapeaux me rappellent également les bannières qu’il y a parfois avec les drapeaux de prières dans les lieux sacrés tibétains, et qui servent à faire parvenir aux dieux les prières écrites sur le tissu et que le vent achemine.

Comment ne pas être sensible à ces drapeaux, bannières ou oriflammes qui flottent dans l’espace. Qui le font vibrer autour de nous. Qui le mette en mouvement, en son.

Mon petit format

Mon petit format

Comment ne pas garder son âme d’enfant en regardant les cerfs-volants qui dansent au-dessus de nos têtes. Qui flirtent avec les nuages. Qui caressent la lumière. Qui embrassent le bleu du ciel. Qui chantent avec le vent. Qui tracent dans l’air une écriture poétique et universelle. Dans tous les pays du monde les enfants (et parfois les adultes) tendent en souriant leurs bras en l’air, tenant des cordelettes qui font ondoyer un cerf-volant.

Puis Michel Gressier nous invita à le suivre à Tours nord, visiter l’autre atelier où se font les drapeaux et cerfs-volants. Rez-de-chaussée, caverne d’Ali Baba, servant également de boutique.

La Caverne d'Ali Baba

La Caverne d'Ali Baba

Le deuxième étage, deux grandes tables “de couturière”. Des tissus, bleu (beaucoup de bleu), rouge… Un meuble à tiroirs où sont gardés précieusement des cerfs-volants japonais, coréens…  certains rares, certains à dessin de manga, certains érotiques…

Deux grandes tables de "couturière"

Deux grandes tables de "couturière"

Un peu plus d’une heure pendant laquelle Uzuki et moi avons découvert deux lieux magiques où le rêve est roi. Un homme chaleureux, qui aime parler de sa passion et la faire partager.

Mon petit format

Mon petit format

Un grand merci à Michel Gressier.

Photographies personnelles de Jacqueline Paillet.

Michel Gressier en résidence, cliquez sur ce lien.

Une exposition de Michel Gressier à Saint-Pierre-des-Corps,  ci-dessous :

http://www.dailymotion.com/videoxhdfnv




J'aime la neige, et...

9 février 2012 dans Carnet de poésie, Carnets d'écriture, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

“Personne ne fera jamais assez l’éloge du haïku. Ces poèmes qui vont droit au but et dont nous avons tant besoin. Ce n’est peut-être pas toujours de grands haïku que l’on écrit, mais même dans ce cas ils peuvent nous ôter un grand poids des épaules – tout ce fardeau “personnel”. Écrire un haïku, c’est sauter hors de soi-même, c’est oublier et prendre un bon bol d’air frais.” Kenneth White in La Route bleue, Grasset 1983 (dont je recommande fortement la lecture, ainsi que tous les livres de Kenneth White !).

J’aime la neige et elle me permet de prendre le bon bol d’air frais dont parle Kenneth White, en écrivant ces courts poèmes… et comme il le dit aussi, ce ne sont que de petits haïku mais qui me font du bien…

Frou-frou des ailes

Silence dans la forêt

Neige et choucas

(4/02/2005)

Craquements des pas

Le long des saules sucrés

Neige brillante

(4/02/2005)

Des fleurs de neige

Dans un ciel azuré

Montgolfière bleue

(7/02/2005)

Crissements des pas

Des pétales de neige

Sur mon beau chapeau

(14/02/2005)

Verger. Photo Guy Durand

Verger. Photo Guy Durand

Boule orange

Sur les champs figés de blanc

Soleil matinal

(25/01/2006)


Issa 5 Février 2012

Issa 5 Février 2012


Recroquevillée

La chatte sur le haut du mur

Compte les flocons

(4/03/2006)

La tige d’herbe

A revêtu  son tutu

Magie de cristal

(8/02/2012)

Serpentins glacés

Enlaçant une feuille

Photo Emma Trolong

Photo Emma Trolong

Photo Emma Trolong

Photo Emma Trolong

Amour végétal

(8/02/2012)


Photo Emma Trolong

Photo Emma Trolong

Ouverture de bal

Collerette et frou-frous

Voici le roseau

(8/02/2012)


Pour en savoir un tout petit peu plus sur le haïku…

http://www.dailymotion.com/videox1c1iq

Un grand merci à Emma Trolong qui m’a envoyé (le jour de la Sainte Jacqueline, le 8 Février 2012) ses magnifiques photos prises au bord de la Loire.

La photo du verger est de Guy Durand, arboriculteur bio à Bossay-sur-Claise, prise dans son verger.

Photo de la chatte Issa prise par Jacqueline Paillet.


Sonate d'automne

22 novembre 2011 dans Carnet de voyage, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Dis-moi, Jacqueline, est-ce que ça te dirait d’aller visiter un jardin ?”… “Pourquoi pas le 1er Novembre ?”… “Maulévrier”.

Maulévrier, connais pas… Clavier… souris… clic… Parc oriental de Maulévrier… Ah, joli ! Mais ce n’est pas la porte à côté ! Le parc se situe à une petite encablure de… Cholet…. Bon, d’accord, va pour Maulévrier ! Mais espérons qu’il ne pleuve pas. Le 1er Novembre, ce n’est pas gagné.Maulévrier12

1er Novembre… il pleut… En route quand même, car après la pluie vient le beau temps. Et comme il y a de l’optimisme dans l’air, dans le coffre les paniers de pique-nique se serrent les uns contre les autres : cake au jambon et aux olives, rillettes de sardines, okonomyaki, cake sucré au potimarron, croustillants à la confiture, thermos de thé. Tout est maisons (au pluriel car il y a différentes maisons !). Cinq personnes prennent place dans la voiture.

Vers Bourgeuil les nuages se déchirent et le bleu du ciel apparaît. C’est de bon augure.

Nous arrivons enfin à Maulévrier. Le parc n’ouvre qu’à 14 heures, mais des tables de pique-nique nous invitent à casser la croûte. Toute l’équipe garde son manteau et quelques écharpes s’enroulent autour de cous fragiles, mais nous ne nous laissons pas abattre. Les verres se remplissent de thé chaud et le pain se rompt.

14 heures, nous pénétrons dans le parc. Dès l’entrée c’est un festival de jaune, ocre, roux, brun, rouge, mordoré. Les érables explosent de couleurs.Maulévrier 29TM

Nous sommes dans un jardin propice à la contemplation : le bruit du vent, le tremblement des feuilles, le murmure de l’eau, quelques chants d’oiseaux. Le peu de visiteurs présents doit ressentir comme moi cette paix car tous parlent sans un mot plus haut que l’autre. Il semble même que les gens chuchotent. Tout est paisible.

Maulévrier est un jardin d’inspiration japonaise (le plus grand parc d’Europe dit le dépliant) réalisé par un illuminé, Alexandre Marcel qui vécut à la même époque que Monet, lui aussi fervent admirateur de la culture japonaise. Je me souviens encore de la collection d’estampes japonaises dans la maison de Monet à Giverny.

Torii, pont et if taillé

Torii, pont et if taillé

Jardin d’inspiration japonaise : calme et perfection. De l’eau sous forme de cascades, une rivière miroitante sous le soleil de Novembre. Des maisons de thé. Des statues asiatiques… dragons gardiens d’un pont. Des arbres sculptures végétales : ifs taillés, matsu (pin taillé, en japonais) . Des pontons et portiques (torii) vermillons, couleur de l’harmonie et de l’expansion dans le shintoïsme. Des ginkgo biloba, arbres admirables et que j’admire. Quelques canards. Un petit temple bouddhiste. Des érables encore verts, d’autres jaunes ou miel, d’autres encore, roses. Des saules pleureurs taillés en perruque sur un support.

Le saule pleureur comme une perruque

Le saule pleureur comme une perruque

Le regard émerveillé à chaque pas. Le cœur en émoi. Le nez et les oreilles continuellement sollicités.

Nous déambulons dans les allées, le long de la rivière. Il fait doux, la lumière est belle, soyeuse. Nous traversons un pont et repartons par l’autre rive plus champêtre. Nous nous extasions devant cet immense érable dont le feuillage rose tremble dans le vent.

Nous remontons vers la boutique et le salon de thé. Pause… Sous une tonnelle, thé sencha. De l’eau court sur des pierres pour aller alimenter un petit bassin où frétillent des poissons rouges. Quelqu’un dépose à la surface de l’eau un petit bateau fait dans une feuille d’érable, peut-être.

Plaisir d’être là, dans cette lumière d’automne, dans cet environnement qui invite à la méditation.

Maulévrier1

Photos de Jacqueline Paillet.

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Rouge comme une tomate

20 novembre 2011 dans Carnet de couleurs, Carnet de gourmandises, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Après (ou avant, d’ailleurs je ne sais pas) la cuisine, la lecture… le jardin est un de mes plaisirs. Et même si depuis quelques années je ne peux plus m’exprimer que dans les 4 à 5 m2 de ma courinette*, je suis toujours abonnée à L’Ami des jardins que je lis de la première à la dernière page avec délectation.

Mais ce matin d’Août dernier, quelle ne fut pas ma surprise lorsque le téléphone sonna et qu’une personne du Comité de rédaction du magazine m’annonça que n’habitant pas très loin du Château de la Bourdaisière, le magazine, du moins son équipe, m’invitait à participer à un jury-dégustation de tomates. Est-ce que cela me tentait ? Oui bien sûr, cela m’amusait même, cette idée de passer une partie de ma journée à La Bourdaisière à déguster et noter des tomates !

Vers 11 heures du matin le 30 Août, au jour et à l’heure retenus… panne de voiture au moment de partir… enfin une bonne âme me conduisit dans son carrosse au château (où j’avoue n’avoir jamais été auparavant).

Il faisait beau et après avoir traversé une partie du potager, je fus accueillie chaleureusement par Isabelle Morand, rédactrice en chef de L’Ami. Des absents dans les personnes invitées, mais celles qui s’étaient déplacées… que du beau monde : Germain Bourré (designer culinaire), Simone Bougarel (spécialiste de l’usage des plantes aromatiques), Jean-Paul Collaert (journaliste et auteur d’ouvrages sur le potager), Rodolphe Grosléziat (jardinier et auteur du “Potager anticrise”), Erwann de Kerros (patron de Terre exotique), Nicolas Toutain (jardinier du potager de La Bourdaisière), Martine de Roquefeuil (directrice de La Bourdaisière), Frédéric (un autre lecteur, parisien, de L’Ami) et une partie de la rédaction du magazine (Isabelle Morand, Soazic Default chef de rubrique et Luc Monet photographe).

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La belle table en bois massif

La belle table en bois massif

Auto-collant sur la poitrine, thé d’accueil autour d’une belle table en bois massif sous un auvent face à de magnifiques parterres de dahlias et en route sous la longue tente.

Germain Bourré sculptant

Germain Bourré sculptant

Sur la longue (elle aussi) table décorée par Germain Bourré, sont disposées sur des assiettes des tranches de tomates, désignées par un numéro sur une ardoise. En tout nous dégusterons une vingtaine de tomates et devrons les noter selon les critères de goût, couleur, texture de la chair, qualité de la peau, pépins. Nous voilà tous à la queue leu leu, un verre d’eau dans une main, feuille de notation et crayon dans l’autre. Les commentaires circulent, les rires fusent, c’est bon enfant mais sérieux.

Des tomates rouges, orange, vertes, noires, jaunes. Des bien rondes comme formées dans un moule (les 4 ou 5 dernières qui ont été rajoutées et ont été achetées au supermarché d’à côté), d’autres longues, d’autres bosselées. Des goûteuses, des insipides, des au goût de produit pharmaceutique (je pense que vous devinez lesquelles !!). Certaines ayant peu de pépins, d’autres trop, certaines très rouges avec des pépins verts…

La chaleur commence à être accablante sous la tente. Les tomates en souffrent, mais nous avons fini notre dégustation, nous rassemblons nos feuilles et dépouillons les votes. Au classement :

couronne-de-laurier11ère : Russian persimmon,

2ème : Paul Robeson,

3ème : Ananas

En goûtant des tomates très gouleyantes, je fus déçue par la Cœur de bœuf dont beaucoup vante les mérites !

Pour couronner ce joyeux et instructif matin, un magnifique repas nous attendait sous l’auvent face aux dahlias. Le cuisinier de La Bourdaisière nous avait mijoté des légumes, du poisson, du poulet dont nous nous sommes régalés tout en bavardant de jardins, légumes, cuisine… Les jardiniers sont des gens simples et la journée fut chaleureuse et conviviale.

Je suis repartie chez moi dans un autre carrosse, avec quelques tomates à déguster en salade le soir, arrosées d’un filet d’huile d’olive et saupoudrées d’un sel parfumé et croquant “Halen Môn” de Terre exotique que je vous recommande.

Un grand merci à l’équipe de L’Ami des jardins pour cette journée inattendue et très sympathique ! Et merci à Nicolas et Ronan pour leur carrosse !

* note de la rédaction, une courinette est encore plus petite qu’une courette.

Photographies de Jacqueline Paillet

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Waterman bleu

23 mai 2011 dans Carnet de couleurs, Carnets d'écriture, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

La bouteille hexagonale d’encre bleue Waterman, le bloc grand format de feuilles quadrillées à petits carreaux, la gauloise bleue sans filtre qui fume sur le bord du cendrier, la lumière de la salle à manger qui se tamise. Je me souviens du grand silence qui régnait alors dans la maison. Du sommeil que nous les enfants, devions impérativement attraper au vol. Certes, cela ne revenait pas tous les soirs, mais quoi qu’il en soit souvent.

Trop souvent peut-être à mon goût, pour qu’il me reste aujourd’hui cette méchante pensée que ma mère nous échappe, s’échappe, qu’elle nous biffe pour la soirée.

Je me souviens qu’elle plaçait sur la table son bloc, chapeauté de la bouteille, flanquée du cendrier. Toujours de la même façon, immuable. Je me souviens de l’odeur de l’encre bleue, âcre, comme… une odeur de poussière. De la queue leu leu que ma soeur, mon frère et moi, formions pour la bise du soir.

Ce papier et cette bouteille d’encre m’agacent. Que peut-elle bien raconter sur des pages et des pages ? Et pourquoi ne pense-t-elle pas encore à nous, même la nuit ?

Je me souviens qu’immanquablement un de nous trois, moi parfois, avait toujours quelque chose qui allait de travers. Comme pour faire exprès. Je me souviens alors que j’entrebaillais la porte, penaude, mais pas mécontente quand même. Je me souviens du “qu’y a-t-il encore ?” qui me convainquait à lui seul de retourner sur le champ dans mon lit.

Parfois, sans qu’elle ne s’en aperçoive, je l’épiais par l’entrebaillement de la porte. Comme pour saisir au vol et avant la plume, ses pensées secrètes qu’elle confiait au papier quadrillé à petits carreaux, et qu’elle me taisait, à moi, sa fille.

Au matin, la salle à manger, la table ne paraissaient avoir aucun souvenir de leur nuit blanche. Seul le cendrier débordait de mégots de gauloises bleues sans filtre.

Et puis, un jour, j’ai osé.

Personne n’était là pour me voir, j’étais seule dans la pièce. Je me suis assise sur le bord du goulot de la bouteille d’encre bleue Waterman. La plante de mes pieds nus frôlait le liquide. Mes mains étaient posées bien à plat sur le rebord en verre. J’en avais envie… Un grand désir mêlé d’angoisse. Un pincement identique à celui que l’on ressent lors d’un premier rendez-vous. Mon corps me poussait à le faire, mais ma tête argumentait, analysait, bref freinait l’envie. Le déséquilibre s’amorçait.Dans un long mouvement, mes bras se sont tendus au-dessus de ma tête. Mes mains se sont rapprochées l’une de l’autre. On aurait dit la pointe d’une plume de stylo. Lentement j’ai fait basculer mes bras, mon corps a suivi. Au dernier moment mes pieds ont donné cette impulsion qui aide à plonger.

La peur fut grande, je fus aveuglée par le bleu de l’encre. Comme la bouteille chambrait depuis quelques semaines déjà, la douce tiédeur du liquide m’a peu à peu rassurée. Fluide, mais légèrement épaisse était l’encre. Lisse également sur la peau.

J’y étais enfin, au coeur des mots, dans l’informe de l’écrit à venir. Un grand plaisir parcourut mon corps, j’avais envie de rire, de m’amuser…

Je suis descendue en apnée jusqu’au fond de l’encrier. J’ai nagé le long des parois de verre afin de repérer mon espace, mes limites. Mes yeux se sont accoutumés à la nuit d’encre dans laquelle je baignais. Le bleu devenait translucide en nageant vers les parois. Pendant quelques minutes je me suis amusée à glisser de l’opacité vers la pénombre et de l’aube jusqu’au bleu nuit. Imitant les mouvements du dauphin, je suis à nouveau parvenue au fond de la bouteille. Là, j’ai donné un coup de pied qui m’a propulsée tête hors de l’encre. Au passage j’ai avalé une bouffée d’air et d’un coup de reins je suis repartie dans le bleu Waterman. Mon corps dessinait des spirales, je tournoyais sur moi-même, je repartais en brasse. Waterman me caressait, l’encre m’enveloppait. Je m’étirais, me cabrais dans le bleu.

Puis je me suis approchée du verre et j’y ai écrasé mes mains et mon visage. J’ai ainsi fait le tour du flacon. Je voyais la salle à manger déserte. J’en ai profité pour faire le poirier contre la paroi. J’ai retourné la maison comme dans mes rêveries d’enfant, “et si je marchais au plafond ?”…

A nouveau au milieu de l’encrier, j’ai essayé de parler, mais l’encre étouffait les sons, seules des bulles de mots s’envolaient. J’ai fait surface doucement. J’ai nagé comme j’aime, à l’indienne, pour ne pas rider le liquide, ou le moins possible.

Béate, j’ai fait la planche, les bras en croix et les jambes écartées. Je suis restée longtemps ainsi à flotter juste au-dessous du goulot, jusqu’à ce qu’un bruit… Je plongeais me cacher au plus profond de l’encre bleue Waterman. J’attendais tremblante, aveugle.

Et le liquide s’ouvrit, enveloppa un autre corps. Les ondes d’un glouglou vibrèrent proche de moi. Je tendis mes bras, tâtonnant pour trouver… Et je vis une lueur dorée dans le bleu Waterman. Eclats de rire silencieux. La plume dix huit carats du stylo Waterman de ma mère pompait l’encre. Je glissais vers la plume. Je l’étreignis à califourchon. Mes bras enserrèrent le pas de vis, mes jambes s’enroulèrent autour de la pointe en or., mes pieds reposèrent légèrement sur le bout arrondi.

Le corps du stylo se souleva et sortit peu à peu du flacon. Je m’agrippais, me collais à la plume de peur de chuter dans l’encre Waterman bleue. Faire un plat eut été catastrophique, l’encre eut éclaboussé la table de chêne, taché le papier quadrillé à petits carreaux.

Sous le regard étonné de ma mère, je posais les pieds sur la feuille du bloc de papier grand format.

Photos personnelles de Jacqueline Paillet


Galati, le retour... 10 ans déjà !

12 mai 2011 dans A la rencontre, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Et voilà, le 26 Avril dernier, j’étais de retour à Galati pour fêter les 10 ans de la Bibliothèque française Eugène Ionesco.

En fait nous étions treize à prendre l’avion à Charles de Gaulle ce mardi matin. Neuf membres de la troupe du Théâtre Avaricum de Bourges (dont un administrateur de notre association Les Amis de la Bibilothèque française…, Philippe Paillard, vice-président), ainsi que trois administrateurs de la même association : Jacques Hesse, président, Pierre Gillardot, vice-président également et moi-même. Etait aussi du voyage, Hélène Touzel, conteuse et bibliothécaire.

L’aéroport de Bucarest a bien changé depuis mon premier voyage en 1993 ! A cette époque-là, lorsque l’avion survola la piste, ce n’était pas des loupiotes qui délimitaient la largeur de la piste, mais l’armée arme au poing (pas très rassurant !). L’aéroport était tout petit (il faut dire que personne n’avait l’autorisation de partir de Roumanie !) et sombre. Une matronne gulliverienne et d’une corpulence  gargantuesque me palpa énergiquement !!

Aujourd’hui l’aéroport est neuf, grand, lumineux. L’armée a retrouvé ses casernes et la matronne est à la retraite.

Simona nous attend avec un mini-bus pour nous conduire  à Galati. Plusieurs heures plus tard, Dorina et Nicolae (voir l’article “Une bibliothèque française à Galati, Roumanie”) nous tendent les bras et les joues. Joyeuses embrassades !

Je loge chez Dorina, son fils Albert et la maman de Dorina, Eufrosina. Quel beau nom !

Le lendemain, réveil à 8 heures du matin, heure roumaine (il y a une heure de décalage avec la France). Dorina et moi, partons à la bibliothèque qui se trouve à 5 mn à pied. Des travaux éventrent la Strada Bassarabiei, il n’y a plus de sens réglementaire pour rouler en voiture, il faut éviter les trous, les pierres, les rails du tram…

Latelier conte débute...

L'atelier conte débute...

Les comédiens partent deux par deux dans les collèges et lycées animer des ateliers théâtre tandis qu’Hélène anime, à la bilbiothèque, un atelier conte pour des professeurs roumains et une Française, Martine, dont le mari travaille ici.

Vers 16 heures a lieu le vernissage de l’exposition “La Francophonie à Galati“, en présence de trois vieilles dames dignes et touchantes qui manient la langue française de façon remarquable. Elles ont fait leurs études de 3 à 19 ans, à l’Institut Notre-Dame-de-Sion à Galati, dans les années 1930. La plus âgée (et la plus coquette) a 83 ans. Elles nous disent la vie à l’institution, nous parlent de la langue française avec bonheur et nous donnent mauvaise conscience de savoir si peu défendre notre langue et notre culture !

Trois vieilles dames dignes

Trois vieilles dames dignes

Nicolae Tafta intervient alors pour citer un Italien, Bruno Amante, qui en 1880 lors d’un voyage en Roumanie écrira “A Bucarest si parla francese come a Pariji“.

Le soir les festivités se poursuivent par une soirée contes. Hélène Touzel nous embarque à bord de son tapis volant dans la magie des mots. Au programme : “Le Pont du diable“, “La Mauvaise Fade“, “L’Oie rouge” (tout l’auditoire suit ce pauvre Jean avec son oie sous le bras) et “La Foire de Boussac“. Une quarantaine de personnes boivent les paroles d’Hélène : des professeurs, des jeunes, des lecteurs, l’artisant qui fit les travaux de restaurations des deux maisons et sa femme…

Hélène sur son tapis volant

Hélène sur son tapis volant

Nous terminons la soirée par un buffet français, car les uns et les autres avions apporté dans nos valises : fromages, meringues, prâlines du Gatinais, palets de Nancay, vin blanc et rouge, crème de câssis, brownies à la betterave et au chocolat, pâtés et mousses, foie gras… Pour le foie gras, il s’en fallut de peu que nous ne le mangeâmes pas ! Pierre l’avait pris dans un sac à la main et comptait le mettre en cabine. Que nenni !! Lors de son passage en douane, la boîte de foie gras atterrit, sous ses yeux atterrés, dans la poubelle. Après moult palabres et séductions de la part de Pierre, le foie gras prit enfin la direction de la soute de l’avion dans un grand sac acheté pour lui exclusivement. Autant vous dire qu’il nous fut cher… surtout à Pierre !

Après cette première journée bien remplie, retour à la maison avec Dorina. Retour par les rues noires, l’éclairage public n’existant que sur les axes importants et encore !

Bibliothèque départementale

Bibliothèque départementale

Jeudi 28 Avril. Dorina a prévu pour Jacques, Pierre et moi, la visite de la Biliothèque départementale. Zanfir Ilie, son directeur, nous accueille dans son bureau qui rappelle une autre époque bien sombre. Une jeune femme nous apporte café et thé (aux fruits rouges, parfaitement imbuvable ! Mais que j’ai bu). Un discours fleuve nous submerge pendant 3/4 d’heure ! Dorina traduit.

… Enfin nous allons visiter le fonds ancien, dont s’occupe Valentina Onet. Incunables de 1427, la plus ancienne carte de Roumanie de 1595, 85 estampes originales et signées de Rembrandt, de magnifiques atlas de 1618 et 1692…

Dans le jardin de Nicolae

Dans le jardin de Nicolae


Retour à la bibliothèque où Nicolae et son ami Basile nous attendent pour nous emmener à la maison de campagne de Nicolae à 30 mn de Galati. Pique-nique en vue. Des carioles tirées par des chevaux, les cerisiers en fleurs, les toilettes au fond du jardin, les chiens qui aboient.

Nicolae s’active sur le barbecue. Au menu : mititei (boulettes de porc aux épices) et saucisses. Pour les végétariens ce seront quelques gros cornichons, éventuellement arrosés du vin rouge de Nicolae.

Nicolae sactive

Nicolae s'active

Retour à Galati où ce soir est organisée la représentation d’une pièce de Denise BonalLes Pas perdus” au théâtre de Galati. Environ deux cents personnes y assistent, la représentation est bien sûr en français. Belle prestation et beau texte, de l’humour, de la mélancolie.

Valeria, une amie de Philippe et d’Hélène, a ensuite prévu un dîner au restaurant Zeba. Nous sommes seize à occuper toute une salle. Entrée : Salat de vinete (caviar d’aubergine), chiftele cu sesan (boulettes de viande au sésame), icre (oeufs de poisson mayonnaise), cas (fromage frais). Plat principal au choix : surmbie (hareng du Danube) ou tocanita (râgout de porc aux petits légumes, c’est salé/sucré). Dessert, un excellent gâteau : placinta (pour en savoir plus sur la recette, lisez Panaït Istrati !).

Retour par les rues noires.

Mais je cause, je cause saucisses, salat de vinete, mititei et j’ai oublié un moment culturel régulier et important. Tous les jeudis se réunit à la bibliothèque le Comité (roumain) du prix Emmanuel Roblès. En effet, depuis 2003 la bibliothèque française participe activement au prix Emmanuel Roblès. Le comité de Blois envoie les livres à Galati où ils sont lus attentivement, avec un oeil critique, le comité de lecture roumain participant ensuite aux délibérations du jury.

Vendredi. Relâche (un peu) pour Jacques, Pierre et moi. Mais ce soir Pierre Gillardot offre aux lecteurs de la bibliothèque une conférence sur “Les Gares : rôle social et culturel“. Conférence illustrée de diapositives et entrecoupée de scènettes de la pièce de Denise Bonal.

Ce matin, un professeur roumain qui avait assisté à la pièce,  annonce aux comédiens le décès il y a deux jours de Denise Bonal…

Ah ! J’oubliais… les sarmale végétariens d’Eufrosina sont un vrai régal ! Feuilles de vigne ou de tussilage farcies, mais Eufroosina les fait avec des feuilles de chou.

Dorina et sa petite bande !

Dorina et sa petite bande !

Samedi 30 Avril ! C’est aujourd’hui que la bibliiothèque a 10 ans et c’est aussi notre dernier jour.

BON ANNIVERSAIRE !

Pour ma part, j’ai bullé pendant qu’une grosse partie de la troupe faisait une virée à 150 kms (voir la forteresse où fut tourné “Capitaine Conan” de Bertrand Tavernier).

Ce soir, soirée de clôture, diapositives retraçant dix années de bibliothèque française. Deux élèves d’Hélène, Simona et Loredana, ont un sacré courage en se jetant à l’eau pour nous conter chacune une histoire après seulement trois jours de stage ! Elles s’en sortiront très bien !!

A nouveau buffet. Il ne reste plus de foie gras, Dorina le mangeait à la petite cuillère le matin lorsque nous petit-déjeunions tous ensemble dans la cour de la bibliothèque ! Dans les petits-déjeuners roumains il y a de la charcuterie !

Dorina, Pierre et la boîte de foie gras... vide !

Dorina, Pierre et la boîte de foie gras... vide !

Dimanche 1er Mai, départ en mini-bus à 8heures 30. Il paraît qu’aux environs de 5 heures 30 il y a eu un tremblement de terre de magnétude 5… Ceux logés au 8è étage l’ont ressenti, mais  beaucoup d’entre nous ne se sont pas réveillés.

Qui sait ? Peut-être que dans 5 ans, j’écrirai un nouvel article sur les 15 ans de la bibliothèque…

En attendant… La revedere (au revoir) !

Belle maison dans Galati

Belle maison dans Galati

Pour avoir un autre regard sur ce voyage, lire les articles d’Hélène Touzel sur Cher media :

“Des Berrichons à la bibliothèque française de Galati (Roumanie) 1″

“Des Berrichons à la bibliothèque française de Galati 2″

“Des Berrichons à la bibliothèque française de Galati 3″

“Des Berrichons à la bibliothèque française de Galati (suite et fin)”

Ainsi que sur le blog de Lionel et Maud et leurs filles, vélocipédistes français, rencontrés sur le bac à Galati : Les pioupettes

Photographies personnelles de Lionel et Maud, Jacques Hesse et Jacqueline Paillet.


Dix mots (et plus) qui nous relient à Galati

16 mars 2011 dans Cliquer, voir, écouter, Création plurielle par Jacqueline Paillet

Je vous disais précédemment qu’aux alentours du 20 Mars se déroulerait la Semaine de la francophonie

A cette occasion, Dorina que vous connaissez un peu (pour ceux qui ne savent pas de qui je parle, lire l’article sur ce blog ” Une bibliothèque française à Galati, Roumanie“) nous a envoyé, à nous membres de l’association des amis de la bibliothèque française (je fais court et simple !) un message dans lequel elle nous incitait à participer à la Semaine de la francophonie. Pour ce faire, Dorina nous demandait de suivre la proposition de la Semaine, écrire un texte avec pour consigne d’y glisser les dix mots suivants : main, cordée, avec, harmonieusement, réseauter, agapes, fil, chÅ“ur, complice, accueillant.

Enfin Dorina nous suggérait de lui envoyer nos textes afin de les afficher dans la Bibliothèque française Eugène Ionesco à Galati et d’inciter les lecteurs francophones à prendre la plume également.

Chic, chic, chic, me suis-je dit, voilà du grain à moudre pour Touraine Media… et donc, à mon tour, je vous invite à écrire un texte avec ces dix mots. Attention, pas le droit de mettre au pluriel les mots au singulier et inversement. Puis… envoyez vos textes à Dorina qui attend impatiemment au bout des tuyaux !

Pour ma part j’ai sollicité des amies, deux ont écrit un texte. L’une d’elles en a à nouveau parlé à une bande d’amis qui ont envoyé leurs textes et… cela leur a donné l’envie de créer un atelier d’écriture vers Besançon…

Je ne peux que vous dire “Aux plumes, Touraine Médiens !”, et voici nos trois textes, à Josiane, Martine et moi.

Réseauter, quel drôle de mot…” songea-t-elle.

Son clavier d’ordinateur lui faisait face. Il lui paraissait hostile.

Photographie personnelle de Frédéric Paillet

Photographie personnelle de Frédéric Paillet

Venu de la grande fenêtre, un rayon de lumière balaya sa main ; elle aimait l’été, l’incandescence de sa lumière. Elle se leva avec lenteur, suivant le fil de sa pensée.

Elle descendit au jardin ; elle vit l’arbre, les fleurs et les légumes harmonieusement disposés, le banc accueillant, les fruits qui promettaient de belles agapes.

Le mot grec, « agapo », l’effleura : « j’aime ». Cela la réjouit.

Elle leva les yeux ; plus loin s’étendaient les marais, les tourbières, le mauve des bruyères qui abritait la petite Lisière cordée.

Elle dépassa la prairie ; les bêtes de l’herbe reprirent en chÅ“ur leur crissement complice.

Martine Brindejonc


« Nous parvînmes au bord d’un large bassin où étaient amarrées quelques vieilles gabarres oubliées ». (1)

Photographie personnelle de Jean Poussin

Photographie personnelle de Jean Poussin

Des gabarres, je peux en voir souvent, mais sur la Loire ou sur le Cher et je les croyais spécifiques de nos pays de Loire, ignorant leur présence sur la lagune de Venise.

Bien sûr il y a des emprunts et quelques péniches ramenées de la Seine ou de l’Escault sont amarrées deci-delà aux quais de la Loire offrant sur une petite enseigne cordée la promesse d’agapes régionales : fouées juste sorties du four que l’on farcit de rillettes de Tours ou bien anguilles grillées que l’on arrosera harmonieusement avec du Chinon (2) blanc, chenin au goût de pierre à feu.

Imaginerais-je une gabarre gonflant ses voiles sur le Danube (3) ?

De fil en aiguille, n’ayant aucune relation pour réseauter dans le milieu de la batellerie ligérienne, par association de la toue de Rémi des Rauches (4), une autre se présente, bien réelle celle-là, tout juste partie vadrouiller sur le fleuve Niger. Les artisans de Montjean (5) ont passé la main à leurs complices du Mali qui doivent prendre soin de cette toue en accueillant des visiteurs respectueux de la faune et de la flore venus écouter le chÅ“ur des oiseaux.

Les petites embarcations sinuant dans les roseaux du delta du Danube traînent-elles une cordée au bout d’une ligne de fond ?

Les saumons de Loire que nous trouvons à l’étal du poissonnier ont-ils mordu à quelque hameçon d’une cordée louvoyant au fil de l’eau ou bien se font-ils piéger dans le net, pardon, mille excuses, dans le filet d’un réseauteur décidé à célébrer de fraternelles agapes ?


1. Denis Grozdanovitch « La secrète mélancolie des marionnettes » Ed. De l’Olivier 2010

2. Lieu de naissance du chantre de la dive bouteille, François Rabelais

3. Panaït Istrati « Codine » Ed. Gallimard Folio

4. Maurice Genevoix « Rémi des Rauches » Ed. Flammarion

5. A côté de Saint-Florent le Vieil où naquit et vécut Julien Gracq. Montjean, Savonnières et Tours : des retraités fabriquent et réparent des bateaux pour conserver la tradition artisanale de la batellerie fluviale.

Josiane Tranchant


Cuvée Clos « La Cordée »

Elle lissa la nappe blanche brodée du plat de la main, elle aimait accueillir chez elle autour d’une table, bonne table autant que possible, et de bons vins.
Elle sortit du fond du vaisselier les assiettes bleu foncé, qu’elle avait achetées lors d’un voyage, de l’unique voyage, en Pologne. En mit six autour de la table. Plongeant à nouveau dans la partie basse du vaisselier, elle prit les verres anciens (achetés en brocante) en cristal gravé. Lorsqu’elle les avait achetés, il y en avait onze, aujourd’hui ils n’étaient plus que dix. La vie des verres en cristal est parfois bien éphémère !
Pour les couverts, non ce n’était pas de l’argenterie. Elle n’en avait pas les moyens et de toute façon, elle n’aimait pas les couverts en argent… Un rejet hérité de son enfance… Les couverts en bakélite étaient de toutes les couleurs, clin d’Å“il malicieux. Elle souhaite que tout soit accueillant pour ses hôtes.

De la cuisine lui parvenait de délicieuses odeurs. Pour les agapes qu’elle voulait offrir à ses convives, elle avait mitonné toute la journée. Au menu :
*verrines de crabe, patates douces et  agrumes. Jolie combinaison de couleurs douces mais chaudes à l’Å“il. Rose du pamplemousse, orange du fruit du même nom, vert d’un citron, blanc crème de la chair de crabe mélangée à la mayonnaise, baies roses du décor. Elle savait que bien sûr l’appétit vient en mangeant, mais qu’il s’éveille avant tout par l’Å“il.


*Puis suivrait un filet mignon de porc en croûte de pommes fruits. Ce plat relativement simple serait l’amusement du repas. Les pommes fruits faisaient office de manchon au filet mignon. Étrange bestiole qu’elle déposerait au milieu de la table. Des chips de betteraves accompagneraient le plat de viande.


*Pour clore le repas, croquettes d’abricots.



En ce qui concernait les libations (!?), elle irait chercher au frais dans sa cave un Savennières 2008, vin blanc qu’elle appréciait particulièrement. Quant au filet mignon dans son manchon de pommes, elle avait opté pour un Clos La Cordée 2007 dont le tannin s’accorderait harmonieusement, pensait-elle, avec le côté salé-sucré de son plat.

Elle était légèrement anxieuse, c’était la première fois qu’elle invitait ces cinq amis. Amis ? Pour le moment un bien grand mot, disons relations amicales. Pas des relations de travail. Non, réseauter (mon dieu, quel vilain mot!) ce n’était pas sa tasse de thé. Elle avait un métier qui lui plaisait, et elle s’en contentait. Sa carrière, elle s’en fichait un peu, c’était un mot qui avait beaucoup de mal à se trouver une place dans son vocabulaire. Quant à « plan de carrière », le terme même lui donnait la nausée.
Non, ce n’était pas des relations professionnelles. Et d’ailleurs elle voulait échapper à ce « réseau » professionnel, elle était avide d’autres rencontres, culturelles surtout, et comme elle avait toujours aimé chanter, elle s’était inscrite depuis un an environ dans la chorale « A chÅ“ur joie ». Les cinq invités en faisaient partie. Au cours des répétitions de ces derniers mois ou pendant les conversations autour d’un verre, d’une tasse de thé ou café dans un bar, ces cinq là, de fil en aiguille, avaient sympathisé. Paul, homme à la cinquantaine un peu ronde, était baryton. De même que Michel, la cinquantaine lui aussi. Son crâne chauve le rendait très séduisant à ses yeux. Éric, le jeunot de leur groupe, silhouette à la Matt Damon, avait une puissante voix de ténor. Irène, était sa complice dans les parties de soprano. Et enfin, Gérard qui menait tout son petit monde sous sa baguette.

Un coup d’Å“il à la table et elle fut satisfaite. Il ne lui restait plus qu’à se préparer avant l’arrivée de tous. Elle fila dans la salle de bains.
Au moment où elle jetait un dernier regard dans la glace, la sonnette retentit.

Jacqueline Paillet


A vous de jouer maintenant..

Pour envoyer vos textes à Dorina : dorina.moisa@yahoo.com

Et pour en savoir un peu plus sur nos amis roumains et la Bibliothèque française Eugène Ionesco, la suite au prochain numéro…

Photographies personnelles de Frédéric Paillet, Jacqueline Paillet  et  Jean Poussin.



Une bibliothèque française à Galati, Roumanie

7 mars 2011 dans A la rencontre, Cliquer, voir, écouter par Jacqueline Paillet

Dans le jardin de la bibliothèque

Dans le jardin de la bibliothèque, le printemps arrive

Aux alentours du 20 Mars se déroulera la semaine de la francophonie… Depuis maintenant 13 ans, je suis secrétaire d’une petite association, petite en nombre d’adhérents (environ 80 membres), mais grande par ses réalisations, et même très grande ! Je prends mon élan… “Les amis de la bibliothèque française Eugène Ionesco de Galati”… ouf ! Nous n’avons pas trouvé plus court comme dénomination d’association ! Je me propose de vous retracer un bref  historique de la chose.

Jacques Hesse

Jacques Hesse

En 1990, après la chute du “Génie des Carpates“, comme se nommait lui-même le dictateur roumain, un éditeur de notre région Centre, Jacques Hesse, a embarqué une grande majorité de bibliothécaires, libraires, éditeurs et particuliers de notre région Centre dans une aventure humaine au grand cÅ“ur..

A l’époque, Jacques était ami depuis de nombreuses années d’Anca Mihailescu, Roumaine vivant à Galati (prononcez Galatz), professeur de français et qui s’occupait d’un fonds de livres en français dans le collège où elle exerçait. L’aventure proposée par Jacques consistait à envoyer (comme d’autres envoyaient des vêtements, de la nourriture) des livres qui dormaient dans les “magasins” de bibliothèques et risquaient à plus ou moins brève échéance de partir au pilon, ou sommeillaient sur les étagères d’éditeurs et de particuliers.

La mobilisation fut telle  que des milliers de livres ont été convoyés à Galati !! Une partie a permis de créer cet embryon de bibliothèque française, l’autre a été donnée à l’université de Galati.

Ah oui ! Je vous ai parlé d’Anca, mais Jacques était aussi ami de Nicolae Tafta, professeur de français à l’université de Galati… Je vous parlerai de Nicolae un peu plus tard, pour le moment je reviens à la chronologie.

Anca et Nicolae

Anca et Nicolae

Jacques Hesse et un libraire de Blois ont accompagné le transport  des livres jusqu’à Galati (financé par le Conseil Général du Loir-et-Cher). Si je vous dis qu’ils ont raconté à leur retour que là-bas ils étaient attendus comme des messies, dans une atmosphère fébrile et pleine d’intense excitation, je pense que cela vous comprenez. Mais me croirez-vous si je vous dis également qu’à peine les cartons déchargés, nos amis roumains les ont défaits en toute hâte, ont pris les livres (au hasard), les ont ouverts en y plongeant leur visage et les ont humés !! Difficile à croire pour nous qui ne manquons de rien, même pour ceux d’entre nous (dont je fais partie) qui peuvent encore avoir les narines qui palpitent à l’odeur du papier de certains livres neufs. La Culture et la Littérature ont une odeur, les totalitarismes l’ont démontré.

Des livres arrivent en 2006

Des livres arrivent en 2006

Forte de cet apport de livres, Anca Mihailescu, avec le soutien du directeur de son collège, a créé une bibliothèque française qui fit tout de suite le bonheur des scolaires, professeurs et étudiants de l’université.

Un deuxième envoi d’ouvrages en 1994 a fait de cette bibliothèque l’un des tous premiers fonds de livres français de Roumanie : plusieurs milliers d’ouvrages dans… 20 m2 ! Une seule table de consultation ! Le collège situé à 6 km du centre ville, les étudiants faisaient l’aller-retour à pied pour emprunter des livres ! Anca devint bibliothécaire, à mi-temps seulement, elle gagnait alors 200 Frs par mois (”je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…”), un peu moins de 30 €.

Catastrophe !! En 1998 le directeur est remplacé par un autre absolument insensible à la beauté de la langue, la littérature et la culture françaises ! Il tient à tout prix à récupérer cette salle de 20 m2. Déménagement des livres dans un local provisoire non chauffé avec seulement 1000 livres à disposition.

Nouvelle catastrophe, les cartons des autres livres sont stockés dans les locaux d’une Fondation  dont le président change rapidement les serrures et… séquestre les livres ! Même si un certain nombre sera finalement récupéré, beaucoup disparaîtront.

Il y a urgence. Nous sommes trois/quatre personnes autour de Jacques Hesse à nous activer pour essayer de pérenniser cette belle aventure. Octobre 1998, nous créons “Les amis…”, Jacques en est le président. Tout est à faire… le plus urgent, trouver un local  pour abriter les livres et assurer un salaire décent à Anca.

Ciel et terre seront remués. Le Syndicat des imprimeurs du Loir-et-Cher nous offre  trois années de salaire à temps plein pour Anca. Éditeurs, banques, Conseil Régional, Conseil Général du Loir-et-Cher, ministères… nous collectons l’argent par-ci par-là et nous “embauchons” Anca à temps plein.

Poussez la porte !

Poussez la porte !

En Roumanie,  Anca court Galati à la recherche de LA maison. Et elle déniche… Une maison de 100 m2 à vendre en plein centre ville de Galati, à deux pas de l’université et des lycées. Après beaucoup d’insomnies et de démarches, l’association trouve, pour l’acquisition en Mai 2000  et la restauration de la maison, jolie maison des années vingt, des financements auprès du Conseil Régional du Centre, de la Fondation Hachette, d’une banque et de donateurs particuliers.

A Galati quelques francophones autour d’Anca et de Nicolae se regroupent et créent, en Avril 2000 “La Fundatia E. Ionescu” (en accord avec la fille d’Eugène Ionesco pour l’utilisation du nom du dramaturge). La Fundatia devient propriétaire de la maison car nous-mêmes à cette époque, en tant qu’association étrangère, nous ne pouvons pas être propriétaire. Pour nous c’est l’aventure, mais pour les Roumains c’est la GRANDE aventure. Imaginez un peuple qui a été claquemuré pendant des années, qui ne savait pas ce que c’était que de FAIRE, de DÉCIDER par soi-même…

La bibliothèque française

La bibliothèque française Eugène Ionesco

Notre association française assure l’envoi de documents (dons, parfois achats) et les charges, dont deux salaires depuis 2001. .. Des investissements (informatique par exemple) ont été réalisés grâce à l’aide du Ministère des Affaires Étrangères. Le Conseil Régional du Centre a subventionné la formation de la bibliothécaire. De son côté la Ville de Pessac, jumelée à celle de Galati, a acheté et acheminé des livres neufs.

La bibliothèque française connaît rapidement un franc succès, à tel point qu’elle devient vite trop petite ! Et rebelote… insomnies, démarches car la maison d’à côté est à vendre ! L’aubaine ! Mais plus cher… tant qu’à faire. Même scénario, et en 2004 la bibliothèque française s’agrandit d’une deuxième maison, achetée et restaurée à nouveau grâce à l’aide du Conseil Régional du Centre, du Conseil Général du Loir-et-Cher et de donateurs particuliers.

Les deux maisons

Les deux maisons

Anca part en 2005 à la retraite, bien méritée, mais auparavant elle a formé sa “fille spirituelle”, Dorina Moisa, qui aujourd’hui se démène pour faire vivre la bibliothèque… Anca, épuisée par des années de privation et de conditions de vie très difficiles sous Ceausescu, est décédée en 2008. Elle a laissé un grand vide et son soutien manque à tous.

Dorina Moisa

Dorina Moisa

Depuis quelques mois de nouvelles insomnies ont surgi. La poignée de personnes actives en France se rend bien compte qu’elle vieillit et sait qu’elle ne pourra pas poursuivre longtemps cette aide. D’autre part la crise économique est passée par là et les aides financières se sont énormément raréfiées.

Aujourd’hui nous Å“uvrons afin que la Bibliothèque française puisse continuer son chemin. Le Conseil Régional d’Aquitaine, qui a un accord de coopération avec le judet de Galati, suit attentivement les activités de la bibliothèque, est devrait d’ici 2013 l’aider en renouvelant son parc informatique, enrichir son fonds et assurer des formations. Le problème CRUCIAL reste le financement du fonctionnement, en particulier les salaires. Deux possibilités : qu’une collectivité locale (judet de Galati) prenne en charge la bibliothèque (le Conseil Régional d’Aquitaine a Å“uvré en ce sens mais sans résultat concret à ce jour) ou que la Bibliothèque française puisse acquérir son autonomie sans le support de notre association. Pas si  simple… Mais pour la bibliothèque française, c’est aujourd’hui une question de vie ou…

Au secours, chef-d’Å“uvre en péril !

A suivre dans un prochain article…

Dans le jardin de la bib

Dans le jardin de la bib


Photographies personnelles de Dorina Moisa et de Jacques Hesse

Comme d’habitude, merci à Claudie pour le coup de main ! Et merci  à Jacques pour la relecture et les suggestions.


Tourainemedia... trop fort !!

21 février 2011 dans Cliquer, voir, écouter, Création plurielle par Jacqueline Paillet

Le jour de mon anniversaire, tout d’abord Anne-Sophie, puis notre incontournable DJ… j’ai nommé… Claudie, m’ont envoyé un mail. En me levant, j’ai trouvé ça sympa qu’elles deux, sur la ligne d’arrivée “Bon anniversaire“, battent mes fils (ce n’est pas difficile, d’ailleurs il y en a un qui n’a toujours pas fait le rapprochement entre cette date de Février et sa petite maman chérie ! Si vous le rencontrez, faîtes passer le message !) ! Mais non, déception, elles ne me souhaitaient pas un “Bon anniversaire !“.

Gâteau au thé vert fait par Uzuki

Gâteau au thé vert fait par Uzuki

Enfin déception… Que nenni ! J’abuse un peu.  Étonnement plutôt… l’une et l’autre me disaient qu’un paquet m’attendait chez une certaine Vanessa !? Que cette Vanessa avait laissé un message sur TM pour signaler qu’un colis, à moi adressé, m’attendait chez elle !?

“Bonjour Jacqueline

Un message étonnant t’est adressé sur Tourainemedia, une personne Vanessa [... ] aurait reçu un colis pour toi je te fais suivre le commentaire posté mais non validé :
“bonjour,
message étonnant : je cherche à joindre Mme Jacqueline PAILLET car un colis pour elle a atterri chez moi !!!!
Je vous assure que ce n’est pas une blague !
mes coordonnées : 09 5…
merci de votre relai pour lui transmettre.
Vanessa
Tiens moi au courant”

Certes, c’était le jour des cadeaux, mais pourquoi chez Vanessa ? Nous n’étions pas encore le 1er Avril… !
Comme notre indispensable (et là ça se confirmait) Claudie m’avait donné le numéro de téléphone de Vanessa, je n’avais plus qu’une chose à faire.
Plouf dans l’eau ! Vanessa était partie en goguette. J’ai laissé un message presque surréaliste, comme “Bonjour, nous ne nous connaissons pas, mais il semble que vous ayez un colis pour moi chez vous” (je vous synthétise mon message).
La journée passe et la mystérieuse Vanessa reste silencieuse.
Le lendemain matin… j’espère que vous entrevoyez le suspens ! Donc le lendemain matin, j’appelais Vanessa… Dzing… Dzing… ouf ! Vanessa… “Non, non ce n’est pas une blague, j’ai pour vous un avis de passage chronopost“. Et voilà que Vanessa me raconte que sans avoir lu l’avis, elle se présente au bureau de poste, tend l’avis à la factrice qui lui demande sa carte d’identité tout en cherchant dans son grand livre. “Ah, mais vous n’êtes pas Madame Paillet !“. L’histoire ne le dit pas, mais j’imagine qu’il y eut quelques secondes de perplexité dans la tête de Vanessa.
De retour chez elle, ne me trouvant pas dans l’annuaire, elle eut l’idée d’aller sur internet. Et là… Crac, boum, hue !… Elle me trouve, vous savez où ?… Ben oui, sur TM. Fortiche, non ?
Pendant qu’elle me racontait tout ça, j’étais un peu perplexe. Où habitait Vanessa ? On ne met pas comme ça un avis de passage n’importe où. “J’habite rue… au 3“, me dit-elle. “Et bien j’habite la même rue, mais au 33“. Mais bon sang, mais bien sûr, la voilà peut-être l’erreur ! Le facteur a confondu 3 et 33.
Dix minutes plus tard, j’arrive à la hauteur de la maison de Vanessa. Autre surprise… une plaque indique qu’elle est diététicienne. Je la connais!! Bon, “connaître” est un bien grand mot, mais ma belle-fille, diététicienne elle aussi, m’a dit qu’une collègue à elle habitait dans ma rue et qu’elles se voyaient de temps en temps à des réunions.
Je sonne et Vanessa souriante m’ouvre et me tend l’avis chronopost. Blablabla… et je file à la poste.
Je repars avec mon colis chronopost (cinq jours à dormir sous une table de colis postaux) qui vient du Japon. Oko se serait-elle trompée en écrivant mon adresse qu’elle connaît ? Je regarde le libellé de mon adresse et… sur le premier 3 de 33 un caca de mouche (japonaise ou française ?) ou disons une petite tache cache le 3 !! Comme quoi, rendez-vous compte à quoi peut tenir une erreur de destinataire… à une chiure de mouche !
J’entends d’ici Claudie qui veut savoir ce que contenait le colis. De jolis bonbons japonais, des shitakés déshydratés, un set pour faire la cérémonie du thé, une petite poupée en origami, des gâteaux japonais (étranges au goût !)…
Des bonbons japonais...

Des bonbons japonais...

“We are the champions, we are the champions, of the world !”

Shitakés déshydratés

Shitakés déshydratés

Merci à Vanessa pour sa persévérance et son attention aux autres (et à moi).
Merci à Anne-Sophie pour m’avoir alertée.
Un grand merci à Super Claudie pour m’avoir alertée elle aussi, et suggéré l’air de rien que ça pourrait faire un article. Elle ne perd pas le nord notre Claudie, tout est bon !

Super Claudie !

Super Claudie !

Ah ! J’oubliais, Vanessa a un blog sympa sur l’alimentation :

http://saperlipopote.blogspot.com/

Et bonne nouvelle… mon fils aîné vient juste de me téléphoner pour me souhaiter un “Bon anniversaire“, nous avons des antennes lui et moi !!

Photographies personnelles de Jacqueline Paillet


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